|
|||||||
Afrique > Algérie, France > Tony Gatlif // Tony Gatlif![]() "Liberté, Egalité, Tsigane"Sans renier ses convictions d’auteur-cinéaste, Tony Gatlif signe avec Liberté son film le plus militant et le plus bouleversant. Aboutissement de 20 ans d’enquêtes et de réflexions, Liberté devrait porter au plus grand nombre son message pour la reconnaissance des Gitans et dévoiler le sort de ce peuple durant l’occupation allemande en France. Tony Gatlif, cinéaste gitan ou cinéaste des Gitans ?
Votre famille est de quelle origine exactement ?
Mon père était Kabyle et ma mère Gitane, mais quand un non-Gitan épouse une Gitane, c’est lui qui vient à la maison et non le contraire.
Comment est née votre vocation ?
Quand on commence à être cinéaste, à faire de la musique et à évoluer dans le monde du spectacle, on a deux choix. Soit gagner de l’argent, soit défendre des gens, nos gens. Je crois qu’on peut considérer le cinéma comme un art ou comme l'équivalent du travail d'un avocat. C’est ce dernier choix que j’ai fait. Les Gitans du monde entier subissent une injustice incroyable depuis des siècles. C’est impossible de ne pas vouloir en parler dans mes films.
Qu’est-ce qui dans votre parcours vous a fait embrasser cette cause ?
Quand on a 5 ans et qu’on voit son père se faire embarquer à 5 heures du matin dans un camion de gendarmes et se faire frapper, excuse-moi mais je fais un film tout de suite après. C’est de cette injustice dont je parle. Il n’avait rien fait. C’était pendant la guerre d’Algérie et je ne sais pas de quoi il était soupçonné. D’ailleurs, c’était ou ça ou les autres, ceux du FLN (Front de Libération Nationale), qui disaient qu’il fallait tuer les chiens, ne pas boire et se tenir bien. Dans ma famille, ils aimaient bien la vie, alors ça ne les faisait pas arrêter de boire. Ils étaient maltraités des deux côtés. C’est à partir de là que j’ai commencé à ouvrir les yeux sur le monde.
Comment est né le projet Liberté ?
Dès mes débuts, à l’époque des Princes (1982), j’avais ce projet. On savait qu’il y avait eu des centaines de milliers de Roms et de Manouches massacrés par les Nazis et leurs alliés. Comment faire un film sur ce sujet ? C’était dur car il y a peu de mémoire dessus, les gens n’ont pas parlé. Grâce à Matéo Maximoff (écrivain gitan d’origine roumaine, 1917-1999), j’ai rencontré un vieux qui avait été dans un camp. Dès que je lui ai dit que je voulais faire un film là-dessus, son visage s’est refermé, il a bu son thé et n’a plus dit un mot. Dans la culture gitane, on n’évoque pas les morts. Ce sont des fantômes qu’il ne faut pas réveiller. Personne ne voulait parler, il n’y avait pas de documentaires, quasiment pas d’écrits. C’était impossible de faire un film comme Liberté dans les années 70 ou 80. Après, à travers mon parcours, avec les films que j’ai faits, j’ai rencontré des gens. J’ai récolté des témoignages, certains faits. Ce n'est qu'il y a cinq ans que j’ai appris qu'il y avait eu en France quarante camps de concentrations pour les Gitans, les Tsiganes, les Manouches. Avec à l'intérieur de chacun deux à trois mille personnes gardées par des gendarmes et des douaniers français. Je ne dis pas que c’étaient des gens méchants, c’étaient des trouffions. On leur avait dit : « Maintenant la France appartient aux Allemands, vous ne commandez plus rien, alors gardez les Tsiganes ! ». Ce n’était pas le paradis, parfois ça se passait mal, les gendarmes prenaient la nourriture des Gitans pour la donner ailleurs. Bon, il n’y avait pas non plus que des salauds, il y avait des gens biens. Avec tous les témoignages que j’ai fini par récolter, je sentais que le moment était venu de faire Liberté. C'est à dire un film sur la déportation des Manouches de France et de ceux d'Europe de l’Est. Dès 1946, ils ont été mis dans un « trou noir », on a rebouché l’Histoire et plus personne n’a entendu parler d’eux. En quoi consista l'expérience des camps pour les Gitans ?
Liberté est un film sur des Gitans français, qui furent arrêtés à partir de 1940 à cause de la loi de Vichy qui leur interdisait de nomadiser, de bouger. Mais ils avaient des papiers français. Des hongrois de passage se sont aussi retrouvés bloqués en France et enfermés. Ces camps étaient des camps de concentration ; ceux d’extermination se trouvaient en Allemagne, en Pologne ou en Roumanie. Mais ils mourraient aussi en France, du typhus ou de rage de dents, car dans ces conditions on peut mourir de rages de dents. Et les gosses en bas âge mourraient, car leur mère n’avait pas de lait puisqu’on ne leur donnait pas à manger. En Camargue, ils avaient déguisé le camp de Saliers à la manière d'un village à la Walt Disney, avec des petites maisons typiques pour montrer qu’on les traitait bien. Mais à l’intérieur, c’était infesté de vermine ! Les Gitans ne sont pas morts dans les chambres à gaz, mais d’injustice, de laisser-aller, de maladies, d’enfermement. Ce n’est pas excusable, c’est révoltant.
Vous vous êtes inspiré de personnages historiques pour écrire votre scénario?
J’ai travaillé avec beaucoup de personnes, des historiens, une documentaliste qui a été cherché partout dans les archives des camps. Je n’ai pas écrit le scénario comme on écrit un polar, je me suis fondé sur des chiffres, des vérités historiques et aussi des anecdotes. Je ne voulais pas qu’il n’y ait que de la misère et des salauds. Pour moi, un mec qui sauve un gitan rattrape les millions qui ne l’ont pas fait. Et il y en a eu, un docteur par exemple, en Normandie, qui a inscrit des Gitans sur des listes électorales et les a ainsi sauvés de l’enfermement. C’était un Juste, et même si il y en avait peu, ça rassure sur l’humanité. Je me suis aussi inspiré de l’histoire de ce notaire qui a acheté une maison à une famille de Gitans pour les faire sortir des camps. C’est en pensant à ces personnes que j’ai écrit Liberté. Ca me rassure de les voir dans le film, de me dire qu’il y avait des gens comme eux.
Ce film d’une forme plus classique marque-t-il une nouvelle étape ?
C’est une volonté d’enseigner. Je voudrais que les enfants des écoles aussi bien que les Gitans le voient. C’est un film d’auteur populaire, je veux qu’il soit accessible à tout le monde et que les Gitans le reconnaissent comme leur film. Benjamin MiNiMuM CINEMA INTERVIEW TONY GATLIF LIBERTE LIBERTE EGALITE TSIGANE // LIRE AUSSI
// LES AUTRES INTERVIEWS DE TONY GATLIF
// LIENSARTISTES LIES REPORTAGES // CONTACTLe site web de Tony Gatlif// REACTIONSPseudo * Votre réaction (2000 caractères maximum) * Code de sécurité >> En discuter sur le forum >> |
PUBLICITÉ
Les blogs Mondomix
Samarra
Cosmomix
Babel Med Music
Festival Sakifo 2011
Festival de Fès des Musiques Sacrées 2011
Le Ricaneur Masqué
Le blog à Pat
Accordéon et Accordéonistes
L'Afrique Enchantée
Puglia Sounds |
||||||
|
|||||||
Musiques et cultures dans le Monde. Magazine, actualités, artistes, mp3, agenda, forum || Le Grand Mix de la Planète |
|||||||
| All rights reserved. Copy prohibited © 1998 - 2010 Mondomix Media | |||||||